L'île de Shāmiàn 沙面 à Guǎngzhōu

Publié le par Sam

Shāmiàn a été acquise par les forces françaises et britanniques après les deux guerres de l'opium au 19ème siècle. Le touriste que je suis vient admirer l'île de Shāmiàn pour son histoire, son architecture occidentale, ses statues d'occidentaux et chinois. Le touriste que je suis en repart plein d'une nouvelle énergie, ressourcé par l'atmosphère environnante.

Shamian

 

 

Ses rues piétonnes, ses fleurs, ses statues, ses fontaines, ses larges allées en font un grand terrain de sport. Enfants courent dans tous les sens, adolescents jouent au badminton, parents et grands-parents font du taiji. Chacun s'évade ici de la vie urbaine pour apporter sa pierre à l'édifice de l'atmosphère tranquille et chaleureuse de Shāmiàn. On se balade à Shāmiàn entre amis, en famille, en couple ou bien tout seul ; dans tous les cas, on se balade à Shāmiàn heureux et souriant.

Regardez ce père et ce fils par exemple. J'imagine le père cuisinier ; il aime vivre, il aime manger, il aime le bonheur des autres. Du haut de ses sept ou huit ans, le fils se sent déjà grand, il est fier de passer son après-midi seul avec papa. Ils ne se sont peut-être pas vus depuis plusieurs mois, le fils vivant chez ses grands-parents à la campagne alors que les parents travaillent tous les deux six ou sept jours par semaine. Ils profitent des vacances d’été comme il se doit !

Ils jouent ensemble depuis déjà plusieurs heures. Bien que Chinois, le fils joue ses premiers volants et cherche encore sa coordination. Le père est patient. Il prend son temps, lui montre comment taper dans le volant. Il jongle à ses côtés. Il le laisse parfois gagner au jeu de qui frappera le volant le plus haut. Ils font quelques échanges. Tous les deux courent beaucoup. Nous sommes plusieurs à nous arrêter pour les regarder. Ils dégagent une sérénité simple et certaine.

 

 

Shamian-jeux-cartesSes rues piétonnes, ses fleurs, ses statues, ses fontaines, ses larges allées en font un grand terrain de jeux. Assis sur des tabourets, un tapis posé sur le sol, quatre personnes jouent aux cartes. Une dizaine d’autres, debout derrière eux, les regarde. Le tour va commencer ; je m’approche. Le premier dépose deux cartes sur le tapis. Je n’ai pas le temps de voir lesquelles que le deuxième les recouvre. Le troisième surenchérit. Pas un mot. Le claquement des cartes se fait de plus en plus rapide. Un joueur réfléchit. Ils sont deux à avoir maintenant plus de cartes que les deux autres. Le tour suivant, ces deux joueurs ont posé leurs dernières cartes. Des cartes en mains, les perdants prennent – c’est logique, non ?! – des pinces à linge, qu’ils s'accrochent aux oreilles. 

Plus loin, plusieurs tables d’échecs chinois. L’endroit est plus calme, les joueurs concentrés – pour trouver la meilleure parade.

Encore plus loin, je vois aussi quelques tables de mah-jong. On ne voit pas d’argent sur les tables, peut-être sur cette île jouent-ils vraiment sans mises.

 

 

Ses rues piétonnes, ses fleurs, ses statues, ses fontaines, ses larges allées en font un espace de concert en plein air. Là où les fleurs dégagent les plus belles odeurs, des personnes âgées se retrouvent avec leurs instruments pour jouer des chansons traditionnelles. Musiciens chinois, instruments chinois et voix chinoises pour un tout très traditionnel. Quel dépaysement pour moi ! Quel retour aux traditions pour la jeunesse chinoise !

Nous sommes plusieurs dizaines à nous arrêter les écouter. Des jeunes et des vieux, debout ou assis, de passage ou restant plusieurs chansons, tout le monde profite du spectacle.

Les percussions donnent le rythme ; d’abord lent, soudainement rapide, puis doux retour vers un rythme lent. Assise à côté de moi, une femme d’une quarantaine d’années ferme les yeux. Ses épaules suivent discrètement le rythme des percussions ; d’abord lent, soudainement rapide, puis doux retour vers un nouveau rythme lent, et c’est reparti. Les autres instruments jouent une mélodie qui, plus qu’accompagnant les voix, suit exactement les mêmes notes. Mes oreilles d’occidentaux ne sont pas habituées à tels sons. Ce qui rend le tout une cacophonie mélodieuse (ou une mélodie cacophonique ?!)

 

 

Shamian-mariesSes rues piétonnes, ses fleurs, ses statues, ses fontaines, ses larges allées en font un grand théâtre. Ici, tout le monde pose autour de tout. Je profite d'un banc libre sur l’allée principale. En face de moi, une petite fille prend toutes les poses possibles et imaginables. Un grand sourire. Ensuite elle saute devant la fontaine. Et ses parents l’encouragent. Elle fait alors mine d’être en colère. Elle ignore ensuite ses fans, l’air grande et fière. Elle fait tout comme une star.

À ma droite, une adolescente se pomponne avant que son copain ne la prenne en photo. Ils y passent leur après-midi. En face d'un Starbucks, le garçon aimerait bien se poser avec elle boire un café. Que nenni ! Il lui reste des centaines de photos à prendre de sa copine communiant avec Shāmiàn.

À ma gauche, un couple enlacé. La fille est allongée, la tête sur les genoux de son homme. Malgré les centaines de personnes autour, ils se sentent seuls au monde, seuls au milieu des flots de la fontaine et des sifflements des oiseaux. Ils se prennent en photo du bout du bras avec leur téléphone portable.

Et bien sûr tout autour, des couples en habits de mariés, chacun suivi d’une équipe de photographe, maquilleur, habilleur et assistant. L’un de ces couples a attendu que la petite fille termine ses photos pour occuper la fontaine. Le photographe les y installe. La femme d’abord, l’homme à sa droite. Les deux sourient. Qiézi… Clic Clic Clic Clic ! C’est dans la boîte. On leur demande maintenant de se pencher vers l’avant, un grand sourire, la bouche ouverte – c’en est mignon de ridicule. Clic Clic Clic Clic ! C’est aussi dans la boîte. « Moi toute seule maintenant » signifie-t-elle d’un signe de la main repoussant son aimé. Elle part pour dix minutes de photos toute seule. Le regard vers l’Est, puis vers l’Ouest. Rieuse, heureuse, coquette, timide, puis triste, en colère. Son fiancé la contemple, le sourire aux lèvres. Il la rejoint pour quelques autres photos ensemble devant et sur la fontaine. Le photographe leur fait signe. C’est le moment de se tourner vers un autre spot. Ils vont s’installer devant un parterre de fleurs jaunes et violettes, tout près. L’habilleuse entre en action pour changer la chemise du marié. La maquilleuse s'occupe de la mariée. Ils sont prêts pour une nouvelle gamme de photos. C'est un des nombreux couples partis pour une journée de multiples décors, habits et… photographies !

 

 

Ses rues piétonnes, ses fleurs, ses statues, ses fontaines, ses larges allées, ce théâtre, ce terrain de jeux, cet espace de concert, ce terrain de sports... c'est Shāmiàn.

Publié dans Tourisme

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