Kāipíng 开平 et ses Diāolóu

Publié le par Sam

Carte de Chine indiquant la position du Guangdong

 

Mi-septembre dans le Guangdong, il fait chaud. Je subis les attaques du soleil, et de l'ombre ! Dehors il fait près de 40°C la journée, ça ne descend pas sous les 30°C la nuit. (Mes bras et ma nuque en particulier s'en souviendront plusieurs jours.) Remettons-nous dans le contexte d'un week-end touristique. Je suis prêt à me lever tôt et à souffrir sous les effets de la fatigue et du soleil. La pluie étant elle aussi - merci à elle - en repos ce week-end, les conditions sont idéales pour enfiler le short de randonnée.

C'est décidé, je ne m'attarde pas à Canton, pas cette fois. Je me balade dans les alentours. Sur les conseils du Lonely Planet, je commence par visiter les Diāolóu de la région de Kāipíng. Je continuerai ma route le lendemain vers Foshan et ses fabriques ancestrales de céramiques.


Kāipíng 开平

 

Kaiping un Diaolou des villages Zili
Samedi matin, tôt le matin, je sais que la journée sera longue en transports et riche en histoire. À quelques 150km au sud-ouest de Canton, on connait Kāipíng pour sa campagne alentour où s'érigent de nombreuses demeures fortifiées et tours de guet, les Diāolóu. Etant donné le récent classement de Kāipíng au patrimoine mondial de l'UNESCO (en 2007, justement pour les milliers de Diāolóu encore debout dans ses environs), il m'est annoncée une foule de touristes dont je pourrai suivre les pas.


À mon arrivée à la gare routière de Kāipíng, je m'approche du bureau de renseignements. À peine dit "Bonjour", elle me demande si je veux aller voir les Diāolóu. Parfait ! je n'ai pas besoin de planter le contexte dans un mandarin approximatif à un Cantonais ; je profite d'un accueil des plus serviables. Cette demoiselle prend le temps de me faire répéter. Elle quitte ensuite son bureau pour m'accompagner dans ma tâche. En cantonais, elle demande à une vendeuse si elle a une carte de la région de Kāipíng. En cantonais toujours, elle demande sur quel quai d'embarquement part le prochain bus pour les villages Zili. Elle m'accompagne dans toutes mes questions, et ce jusqu'à la porte du bus. Merci !


Les villages Zili

Kaiping Entrée des villages ZiliLa route est large et traverse des champs à perte de vue. Le bus stoppe dans quelques petits bourgs, avant de me déposer à un croisement. Là, le bus entier se tourne vers le lǎowài (l'étranger) que je suis en m'indiquant la direction à suivre. Je me retrouve sur un carrefour avec pour seule indication la direction des villages Zili. Je ne sais pas combien de temps sera nécessaire, je suis le chemin. Il me faudra une quinzaine de minutes pour apercevoir d'étranges monuments. Quatre murs érigés au milieu des champs, plus ou moins espacés entre eux, de trois à une petite dizaine d'étages. Certainement des Diāolóu. Ah ! je vois le bâtiment par lequel entrer dans ces villages. Je comprends à l'entrée pourquoi on parle des villages Zili. Il s'agit en fait de trois villages, dominés à la fin du XIXème siècle par une riche famille, les Fang. Cette famille chinoise, dont nombre de ses membres sur plusieurs générations se sont expatriés aux USA, a fait construire villas et tours de guet pour protéger fermes et plantations. Ces monuments ayant une origine et architecture communes, on a rassemblé les trois villages en un seul.

Cette famille disposait d'une grande puissance économique et politique sur la région, certes. Mais j'avoue ne pas m'être intéressé à l'exposition abritée dans un Diāolóu illustrant la famille Fang et ses moments forts. Je cherchais à voir ce que les guets surveillaient depuis ces tours, peut-être des traces de bataille... Dommage !

Yunhuan Lou 云幻楼, le premier Diāolóu que j'ai visité était le plus intéressant. On pouvait voir les coulées et les traverses. Je me suis rappelé les châteaux-forts Français. Je me suis rappelé les batailles du Moyen-Age. Je me suis rappelé mes lointains cours d'histoire. J'ai pu imaginer des batailles, des coulées d'huile - chinoise - brûlante, des tirs de canons. Mais quand ?! contre qui ?! Y en a-t-il seulement eu ?!


Le jardin Li

Kaiping Entrée du Jardin LiD'après ma carte le jardin Li n'est qu'à quelques kilomètres des villages Zili : je décide de m'y rendre à pied. C'était sans compter les routes sinueuses, et l'éloignement à la route principale autant du jardin Li que des villages Zili... Il m'a donc fallu une bonne heure de marche au bord des champs, rizières et de la route pour arriver à destination.

En utilisant le pass multi-sites que je viens d'acheter, je rentre dans le jardin. Première impression : rien à voir avec tous les jardins visités autour de Shanghai. À un millier de kilomètres de Shanghai, cela ne devrait pas me surprendre... Et pourtant, il s'agit du premier jardin Chinois que je visite qui n'est pas constitué des mêmes sculptures de pierres et bâtisses en bois... Je fais un tour sympathique, sous un temps magnifique.

Je comprends cependant mal l'intérêt de centrer ce jardin sur la vie et ses détails de son maître d'œuvre. Il s'agit d'un riche particulier qui a fait construire ce parc dans les années 1920, pour sa vie privée. On ne nous explique pas pourquoi ce jardin est devenu public et visitable ?! Par contre on m'explique que c'est parce que sa femme a une nuit rêvé de fleurs de lotus que l'on a fait construire un lac que de nombreux lotus fleurissent dès début juin.

J'oublie rapidement cette déception culturelle pour me reposer à l'ombre de palmiers, pour contempler la colline du Tigre ou le ciel bleu qui m'appellent à une sieste. Malgré la foule touristique annoncée par les guides papiers, nous sommes à peine une dizaine de touristes dans un parc de plusieurs hectares. Je peux profiter du calme naturel comme rarement dans ma vie chinoise. Avant de repartir vers d'autres villages de Diāolóu


Les villages Jinjiangli et Majianglong

Et là, c'est un régal et une déception.

Une déception car je n'apprécie pas l'intérêt touristique que portent ses monuments. Ces bâtiments sont inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO pour leur architecture d'influence chinoise et occidentale. Ils ont été construits dans des villages, pour protéger ses habitants. Ils sont maintenant restés debout dans ces mêmes villages, toujours habités de paysans qui y élèvent leurs cochons et canards, qui y cultivent du riz. Payer son billet d'entrée donne accès à l'intérieur d'un village clos et habité. On se balade au milieu des habitations rapprochées. On se baisse pour passer sous les vêtements étendus dehors. On partage les odeurs de leurs repas pris en terrasse. Sensation étrange. Et à aucun moment des panneaux ou photos ou expositions ne racontent l'histoire des Diāolóu. Que de questions en suspens. On sait quand ils ont été construits. On sait à peine pourquoi ils ont été construits. On ne sait pas quand les guets guettaient. On ne sait pas quand les hommes défendaient le village. On ne sait pas.
Les villages Zili disposaient de plus d'espace entre les habitations, de plus de clarté, de plus de vie. Il est aussi possible, parfois, de trouver un guide aux villages Zili qui pourrait conter l'histoire des Diāolóu.

Un régal car je trouve rapidement une moto-taxi qui m'emmène quelques vingt kilomètres au sud-ouest vers le village Jinjiangli. Profiter de la fraicheur de la vitesse sous le soleil environnant. Quel régal ! (Jusqu'au soir où mes coups de soleil me rappellent à l'ordre de la prudence.) Le chauffeur m'emmène jusqu'au premier village. Il attend ma visite. Il m'emmène au second village. Nous discutons des habitudes des Français (il est très curieux) et des touristes qu'il croise ou prend en moto (je le suis aussi). Ces grandes routes, ces pistes cyclables, ce soleil, ce ciel bleu et cette bise appellent à une balade en vélo. Je suis en pleine nature. Au calme. Dans les grands espaces. Je prends mon temps. Je profite.

La prochaine fois, je louerai un vélo depuis Kāipíng. Et il fera aussi beau, c'est sûr.


Galerie Photos

Par ici pour voir quelques photos de mon séjour dans à Kāipíng.

Publié dans Tourisme

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