Sichuan 四川, ou la nature tropicale

Publié le par Sam

Carte de Chine indiquant la position du Sichuan
Après une semaine magnifique au Tibet et ses paysages montagneux, nous partons en direction de la province du Sìchuān, 四川, qui signifie "quatre rivières". Nous restons en vacances. Nous restons friands de randonnées. Nous restons à la recherche de paysages naturels. Mais tout ici va nous changer : l'altitude, les paysages, le climat, la nourriture. C'est la richesse de la Chine !


L'altitude

Nous quittons Lhasa en train pour rejoindre Chengdu 成都, capitale du Sichuan. Quarante-cinq heures de train prévues, près de quarante-huit en comptant le retard dû aux intempéries. Deux jours à parcourir les chaînes de montagnes. Deux jours pour apprécier le changement d'altitude.

Le Sichuan est une région très montagneuse, accueillant des sommets plus anciens que ceux de l'Himalaya hauts de 6000 et 7000m. Mais nous nous dirigeons vers Chengdu à 500m d'altitude et ne prévoyons pas de randonnées au-dessus de 3000m. C'est ainsi que notre trajet en train prend la forme d'une redescente au monde des mortels. Même si pendant le trajet nous avons la joie de monter jusqu'à 5400m, nous avons aussi et surtout la joie de nous réveiller le deuxième matin à 1900m. J'ai laissé ma migraine dans les montagnes !

Dès le deuxième jour dans la province des quatre rivières, nous partons vers Le Shan, le mont au bouddha géant. Je marche sur du plat. Je subis des dénivelés. Je monte des marches. Sans aucun problème de respiration. Je m'amuse à monter les marches deux par deux, puis trois par trois. Je retrouve la parole en marchant. Les blagues sur les Belges vont bon train, même pendant l'ascension. Je réapprends à faire plusieurs choses en même temps. C'était bien l'altitude qui m'essouflait au Tibet, et pas la perte totale de mes capacités physiques.


Le paysage

C'est ainsi que nous n'avons pas peur de partir le lendemain pour une seconde randonnée qui nous emmènera cette fois à 3099m d'altitude, sur le mont Emei Shan. C'est la zone de marche la plus connue autour de Chengdu, et pour cause on y croise toutes sortes d'attractions. On voit quelques pièces de type musée présentant la religion, l'histoire ou les paysages du patrimoine mondial de l'UNESCO. On passe devant des temples bouddhistes et des sculptures taillées dans la roche. On partage quelques kilomètres de paysages avec des singes, réputés pour chipper les possessions des touristes. Au sommet on dort dans des monastères, avec le luxe d'avoir un lit, à peine plus. Nous partons pour deux jours.

Nous nous levons, quittons l'auberge de jeunesse avec nos affaires pour deux journées de randonnée. Il pleut. Tant pis. Le bus nous emmène à Emei Shan. Il pleut toujours. Il pleut plus fort. Armés de nos K-Way et de nos parapluies, nous démarrons la balade ; malgré une heure de retard sur l'horaire prévu... Au départ de la randonnée, une magnifique cascade très kitsch, 100% humaine, nous accueille ; nous apercevons un joli parking derrière ce mur de cascade. Nous apprécions les paysages, totalement différents mais tout aussi ressourçants qu'au Tibet.


Après les montagnes tibétaines qui s'étendent à perte de vue, dont la surface est  couverte de roches, de pâturages ou de neige pour les plus hautes, nous avons droit à un paysage tout à fait différent. Les montagnes sont vertes de forêts, presque tropicales. La forêt est dense. On y retrouve bambous et palmiers, arraignées et moustiques, chemins de randonnée et chemins bétonnés.

Avant de nous sentir aggressés par les moustiques - le Sichuan est tout de même une région à paludisme endémique, nous nous enfonçons dans la forêt, quittant les chemins bétonnés. Nous suivons de petits chemins de randonnées. Certains plus accessibles que d'autres, certains plus glissants que d'autres, comme en témoignent les fesses de Patrick. Nous profitons alors d'une vue intérieure de la forêt. Parfois forêt de bambous, dont nous utilisons les tiges grossièrement retaillés comme bâtons de marcheurs. Parfois forêt de palmiers, nous sommes effectivement sous les tropiques. Nous tombons même sur des champs de maïs.

Tout au long de notre marche, nous cherchons quelque ouverture sur un paysage plus lointain. Les versants opposés sont eux aussi verts de forêts, qui semblent tout aussi denses. Ces forêts d'un vert éclatant rappellent la vie sauvage. Elles appellent à changer notre tourisme, à prendre un sac à dos et à s'évanouir dans la nature. Comment les Chinois peuvent-ils apprécier de suivre des chemins bétonnés ? Comment peuvent-ils accepter la notion de payer un droit d'entrée à une montagne ? Et comment continuent-ils cela devant un tel paysage qui crie nature ?


Le climat

La faible altitude ne complique pas notre randonnée. Mais le climat oui. Il fait plus de 30°C. C'est aussi pourquoi nous essayons au maximum de rester à l'ombre sous la forêt. Marcher en plein soleil me rappelle des vacances en Espagne. Il faisait très chaud. Ma sœur et moi en avions marre. Nous ne voulions qu'une chose, rentrer au plus vite avec la climatisation de la voiture. Mais mon père qui habituellement ne supporte pas la chaleur était immunisé par sa soif de tourisme. C'est exactement ce qui nous arrive ici. Il fait chaud. C'est un temps à rester flaner dans une piscine. Mais nous nous surpassons, ne ressentant presque plus la chaleur, pour admirer les paysages tropicaux du Sichuan.

Il fait aussi excessivement humide en cette saison. Il n'a plu qu'une seule journée. Mais quelle pluie ! C'était lors de notre marche à Emei Shan. Il pleuvait tellement que malgré K-Way et parapluies, nous avions les pieds trempés en quelques minutes. Il pleuvait tellement que la visibilité était trop faible pour apprécier les montagnes au-delà du premier-plan. Il pleuvait tellement que nous avons décidé de ne pas rester sur cette montagne plusieurs jours, mais de rentrer à Chengdu le soir même. Nous avons passé une journée fort sympathique dans la montagne, même si nous ne sommes pas montés très haut. Mon seul regret est de ne pas être allé jusqu'aux zones où l'on rencontre des singes. J'en ai beaucoup entendu parler, et je ne pourrai même pas dire s'ils sont aussi chapardeurs qu'on le raconte.

De plus, l'air ambiant est humide. Je n'ai jamais autant transpiré. Même trois heures de tennis en plein soleil n'ont rien à voir avec une heure dans le Sichuan au mois de juillet. Mon T-shirt est trempé en quelques heures seulement. Les gouttes de sueurs tombent de mon visage sans s'arrêter. Un arrêt à l'ombre, et une horrible sensation de froid m'envahit, malgré les 30°C extérieurs. Tant pis ! On s'adapte. On accepte. On regarde les paysages au travers de la transpiration. Et tout va bien !



Qui dit saison humide dit de nombreux nuages. Il est dommage d'avoir perdu le ciel bleu que nous avions au Tibet, mais le blanc des nuages s'effaçait largement face au vert des montagnes. Ces nuages ne neutralisent pas non plus tous les UV, ma nuque et mes avant-bras en témoignent encore deux semaines après. Dommage qu'ils n'aient pas quitté Chengdu le 22 juillet vers 9h11, heure de l'éclipse totale. Le spectacle s'est contenté d'être une tombée de la nuit le matin, suivi d'un lever du jour. Il est d'ailleurs assez drôle de voir les Chinois dans la rue qui ne sont pas au courant de l'éclipse et qui se demandent ce qui se passe.

La nourriture



La nourriture du Sichuan est très réputée partout en Chine pour son goût relevé et épicé. La plupart des restaurants dits du Sichuan dans lesquels j'ai mangé à Beijing ou à Shanghai avaient la main légère sur les épices. Dans le Sichuan, c'est d'un autre ordre. Sans un entrainement de plusieurs mois en Chine, jamais je n'aurais pu manger dans un restaurant du Sichuan. Cette consommation importante de piments est due au fait qu'ils permettent de supporter le climat chaud et humide de la région.

La spécialité principale est le hotpot, 火锅 huoguo. Il s'agit d'un bouillon aromatisé et épicé dans lequel on jette légumes, pâtes, viandes et poissons pour les faire cuire, avant de les récupérer avec ses baguettes. Cela ressemble au principe de la fondue. Le bouillon de départ est aromatisé à une viande, un poisson ou un crustacé. On y trouve les os, têtes et autres parties qui ne se mangent pas, mais qui donnent leur goût au bouillon. C'est plutôt difficile de le manger avec des baguettes, les ingrédients trop cuits étant difficiles à récupérer avec les baguettes. Mais le tout est très convivial. Le plus drôle est de voir les autres croquer dans un poivre du Sichuan ou dans un piment.


Galerie Photos

Par ici pour voir quelques photos de mon séjour dans le Sichuan.

Publié dans Tourisme

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