Tibet - La condition physique en altitude

Publié le par Sam

Avant de parler de nos visites per se, je voulais faire une petite parenthèse sur la respiration en altitude. Ce n'est pas la première fois que je monte au-dessus de 3500m, mais c'est la première fois que je le vis instantanément, l'avion n'étant pas pressurisé aux conditions de Lhasa. On nous avait prévenu que les premiers jours seraient très difficiles, que nous sentirions le manque d'oxygène dans l'air ambiant, que nous fonctionnerions au ralenti... Je raconte les impressions que l'on a eues les premiers jours.

Le soleil, la chaleur, le manque d'oxygène, le manque de sommeil. Nous allons faire attention à limiter toute activité physique, et s'équiper en médicaments.


La Pharmacie


Nous avons tous plus ou moins mal à la tête et aurons besoin de médicaments. Mon stock s'épuise à vue d'oeil, il me permettra de tenir jusqu'à la fin du Tibet, mais pas ensuite. Nous demandons à Franck, notre guide, de nous arrêter dans une pharmacie. Notre mini-bus s'arrête, Médéric et moi descendons, accompagnés de Franck qui traduira.


Nous entrons dans la pharmacie. Dans l'entrée principale, on peut voir une large armoire pleine de médicaments et deux pharmaciens. De chaque côté de cette entrée, des lits numérotés ; certains vides, d'autres occupés. L'image de la clinique dans laquelle Forrest Gump se fait soigner d'une balle dans le postérieur me vient à l'esprit. Étrange endroit pour une pharmacie...

Franck explique aux pharmaciens que nous avons mal à la tête et voulons des médicaments. On nous donne un thermomètre chacun pour prendre notre température. Ah... Ça se passe comme ça ?! Bon, près de dix minutes avec un thermomètre sous l'aisselle ; pendant ce temps les pharmaciens se renseignent sur nous : d'où venons-nous ? depuis combien de temps sommes-nous au Tibet ? etc. Le diagnostic arrive. Médéric a une température de 39°C, la mienne est d'à peine 38°C. Médéric a donc besoin de médicaments pour faire baisser sa température, de quelques dizaines de litres d'oxygène, de médicaments contre le mal de tête. Je n'ai besoin que de médicaments contre le mal de tête.

Le pharmacien nous prépare un ensemble de plusieurs médicaments, six pour moi à prendre après chaque repas pendant quatre repas, uniquement si le mal de tête est présent. Il me prévient que ces médicaments risquent de m'"emmener aux toilettes". Vivant entre bus, nature et visites de temples la journée, je me contenterai de prendre ces médicaments chinois le soir, avant de rentrer à l'hôtel.

Nous avions prévu le coup et connaissons les noms anglais et chinois de paracetamol et aspirine. Avant de reprendre le bus, je demande s'ils ont du paracetamol. Non pas ici. Je demande s'ils ont de l'aspirine. Oui, ils ont un médicament qui contient de l'aspirine. Qui contient de l'aspirine... Et ce ne serait pas pour le mal de tête. Je préfère ne pas prendre de risques, j'achèterai du paracetamol, de l'aspirine ou de l'ibuprofène ailleurs.



Les maux de tête


Dès le premier pied posé sous le soleil de Lhasa, nous ressentons une grande différence. D'un point de vue solaire. Le soleil tape. La peau chauffe. La tête chauffe. Nous mettons de la crème solaire immédiatement. Le guide nous prévient aussi, et c'est logique, nous allons absorber bien plus d'UV et de rayons X. Nous devons nous protéger. Il me suffit de deux jours à Lhasa pour attraper un coup de soleil à la nuque qui me fait souffrir à la sortie de la douche.

Le premier jour, nous montons plusieurs centaines de marches en plein soleil pour accéder au Potala Palace. Là, je sens qu'il est plus difficile de respirer. Le coeur bat soudainement beaucoup plus vite. Les poumons demandent plus d'air. Il est douloureux de parler tout en montant. Nous profitons simplement de l'ombre et des endroits où nous assoir, et tout se passe bien. Mais il faut clairement adapter son rythme.

Changement abrupt d'altitude, manque de sommeil, surplus de soleil, etc. J'y gagne bien sûr et comme d'habitude un sacré mal de tête. Certains d'entre nous sont très fatigués la première journée. D'autres ne sont pas complètement ressourcés le lendemain matin, ils se lèvent la tête lourde. Les quelques jours suivants, il en est de même : maux de têtes à répétition pour plusieurs d'entre nous. Personnellement, j'ai survécu à six jours de maux de tête, de simple gêne à réelle migraine. Elle n'est jamais vraiment partie.

Soleil plus fort, respiration difficile dans l'effort, maux de tête à répétition. Le tout est lié. Je me protège du soleil contre les coups de soleil et les insolations ; de peur d'empirer ou de retrouver une migraine. Je fais aussi très attention à ma respiration lors d'un effort afin de ne pas retrouver le mal de tête, qui revient très vite. N'importe quelle montée de marches ou de colline n'est pas anodine : il faut penser à bien respirer et tout va bien. Nous produisons encore nos globules rouges. Nous serons en très grande forme pour les randonnées qui suivront le Tibet !

Mais avant les randonnées du Sichuan, nous commençons par quatre kilomètres pour atteindre l'Everest Base Camp, à 5154m d'altitude. Nous réagissons tous différemment face à cette adversité. Certains n'ont aucun problème particulier, en ne marchant pas trop vite. D'autres s'arrêtent souvent et marchent vraiment lentement, pour être capable de garder leurs poumons intacts. D'autres attrappent un violent mal de tête lors de la montée. Personnellement, je suis parti avec un mal de tête qui ne s'est pas arrêté avant la fin, mais n'ai eu aucun problème de respiration. La vue sur le mont Everest nous faisait tous avancer.



Par rapport aux Alpes


Je me demande pourquoi il est si difficile de pratiquer une quelconque activité physique ici, pourquoi je ne peux pas discuter tout en montant des marches, pourquoi j'ai des maux de tête à répétition. Sachant que je réussis bien à faire du ski à plus de 3500m d'altitude sans ressentir de différence notable avec le niveau de la mer.

Il faut juste ne pas comparer ce qui n'est pas comparable. Lorsque je vais dans les Alpes, j'ai droit à un temps d'acclimatation bien plus long. Le temps de trajet, de s'installer dans le logement, de prendre ses marques dans la ville, de partager un premier repas, une nuit en altitude. Ensuite, on n'arrive pas directement à près de 4000m d'altitude, les logements étant situés souvent autour de 2000m. C'est donc un premier palier sur lequel on reste quelques heures. Aussi, lorsque l'on monte à 4000m dans les Alpes, c'est pour un temps relativement court ; c'est en effet plutôt pour du ski que pour des randonnées. Et pour finir, le ski est une activité physique qui fait moins travailler le souffle que la randonnée.

J'arrivais confiant à Lhasa, pensant que je ne sentirais aucune différence physique, de même que lorsque je pars au ski. Il se trouve que j'ai dû endurer de nombreux maux de tête, certains violents, et que j'ai dû apprendre à contrôler ma respiration. Mais physiquement, ce n'était pas très difficile, il suffisit d'adapter son rythme.

Si c'était à refaire, soit je serais arrivé une journée plus tôt à Lhasa, comme prévu à l'origine, soit, encore mieux, j'aurais passé une semaine au-dessus de 2000m d'altitude sur les plateaux du Yunnan.

Publié dans Mes aventures

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S
Wo, impressionant tout ça... !
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B
As tu pensé à prendre en photo une pharmacie de Lhassa pour les Leloup ?
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B
L'altitude ne t'a pas volé ta capacité de raisonnement ; c'est bon signe !<br /> Bravo pour ton endurance (aux migraines)...
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